• Camille Balaresque

Innover par le design : du design thinking au design spéculatif


Imaginez, vous êtes en 2050. Où êtes-vous ? Que se passe-t-il autour de vous ? Comment les choses ont-elles évolué ? Comment en est-on arrivé là ? Cela vous plait-il ? 🤭


Concevoir, c'est aussi bien souvent innover. Nous nous méfions toujours de qui est nouveau et pourtant, on adore découvrir de nouvelles choses et faire de nouvelles expériences.


A quoi pourrait donc bien ressembler notre monde demain ?


La science-fiction nous donne un aperçu d’un avenir qui n’existe pas encore. Alors que le design spéculatif, lui, s’appuie toujours sur la narration pour concrétiser les spéculations.



Par exemple dans la série Black Mirror, chaque épisode nous montre à quoi pourrait ressembler notre monde sous l’influence de chaque nouvelle technologie :

  • des lentilles qui peuvent enregistrer toute notre journée,

  • un système de rencontres qui montre que chaque relation a une date de fabrication et d’expiration,

  • un dispositif qui nous donne la possibilité de lire nos souvenirs sur un écran, etc.


Quand on se penche sur les détails d’un épisode, on s’aperçoit que chaque interface a été pensée minutieusement puis réduite à sa fonctionnalité la plus essentielle.


La simplicité reste le maître mot du design des interfaces de la plupart des épisodes.

Pourquoi des interfaces aussi simples ?

Le spectateur doit comprendre au premier coup d’oeil comment fonctionne la technologie qui lui est présentée. Il doit pouvoir s’identifier au personnage sans difficultés. Cette démarche rend effectivement les interfaces plausibles et pertinentes.


Tellement, au point que la fiction dépasse la réalité dans l’épisode « Nosedive » (saison 3, 2016).


Dans ce scénario, chaque individu est noté par son prochain et cette note régit son quotidien, ses accès, ses privilèges.


Et il se trouve d’ailleurs que le gouvernement chinois a décidé de généraliser, un système de notation par solvabilité de ses citoyens.


Le système « consiste à attribuer aux citoyens, aux fonctionnaires et aux entreprises une note représentant la confiance dont ils sont dignes. L’idée est de collecter des centaines de données sur les individus et les entreprises, depuis leur capacité à tenir leurs engagements commerciaux jusqu’à leur comportement sur les réseaux sociaux, en passant par le respect du code de la route. »


Ceux qui « rompent la confiance » sont inscrits sur une « liste noire ». En ligne de mire, les mauvais payeurs, mais aussi ceux qui ne respectent pas les règles de vie en commun, y compris traverser la rue en dehors des clous ou manger dans le métro.

C’est là que la reconnaissance faciale entre en jeu grâce à la vidéosurveillance massive dans les villes chinoises.


La punition varie de l'humiliation publique à l’interdiction d’accéder à des emplois publics, d’envoyer ses enfants dans une école privée, d’acheter des billets d’avion ou des billets de train en places assises « molles », les plus confortables pour les longs voyages.


Au contraire, les citoyens les mieux notés grâce à leur « sincérité sociale » figureront sur une « liste rouge ». D’une « fiabilité » exemplaire, ils payent leurs factures et leurs impôts en temps et en heure. Dans certaines villes, ils gagnent des points lorsqu’ils font des travaux d’intérêt public ou donnent leur sang.


Pour les « rouges », la « carotte » varie : un accès prioritaire aux offres d’emploi chez Tencent, des remises sur les smartphones via Alibaba, des coupons de réductions sur 1 site d’e-commerce (TMall possédé par Alibaba) ou encore des nuits d’hôtel gratuites pour des voyages sponsorisés par AliTravel.

Les mieux notés ont accès à des réductions pour louer un véhicule, une priorité pour réserver un taxi ou pas de caution à verser pour un vélo partagé.


Aujourd'hui, on parle de dictature digitale lorsqu’on évoque le cas de la Chîne.


Ici, à l’aide de l’hyper réalité le spectateur est littéralement immergé dans la fiction. On est projeté derrière les lunettes connectées d’une colombiennes de 42 ans. Par le caractère très immersif de la réalité augmentée mise en scène, l’impact est très fort sur le spectateur. Et pourtant, au moment où le dispositif de réalité augmentée tombe en panne, le lien avec la réalité actuelle reste tout à fait entier et crédible. On va le voir à travers 2 exemples :

  • au supermarché : 3:58

  • et lors d'une blessure 4:55, 5:30


Cette vidéo peut paraître assez futuriste mais ça ne semble pas si loin que ça ! Apple avait notamment annoncé la sortie de ses lunettes connectées. Il s'agit de commandes virtuelles qui sont utilisées dans le monde réel.


Les lunettes permettent de transformer n’importe quelle surface en support tactile.

L'utilisateur peut ainsi interagir avec ses lunettes en s’appuyant sur un support physique réel (table, mur, livre, objet…) comme panneau de commandes sur lequel apparaissent les boutons et applications. Pour toute personne alentour, rien n'est visible.L'écran des lunettes, positionné entre notre œil et la surface, serait la seule interface. On aurait alors la possibilité d’utiliser des « boutons virtuels ».



Utiliser des boutons virtuels, c’est donc créer des nouveaux challenges en design comportemental. Ici, le projet Soli, qui est l’interaction gestuelle sans contact, de Google ATAP va changer plusieurs modèles mentaux pour en former de nouveaux.


Dans ce projet, les designers ont fait le choix de se rapprocher des interactions naturelles de l’être humain. De rendre la relation homme-machine plus fluide, plus simple mais aussi plus invisible. L’interface est paradoxalement moins présente visuellement et plus présente dans le quotidien du personnage.


Il apparaît clairement que les designs d’interfaces tendent à se rapprocher de l’humain, de son fonctionnement et de ses habitudes.

D’ailleurs, nous pouvons déjà utiliser une interface en répétant quelques gestes de la main ou des doigts (Kinect). Nous pouvons également le faire par la voix (Siri, Alexa) ou même l’esprit (implants cérébraux).



UninvitedGuest est un projet qui explore les frictions entre un homme âgé et les objets intelligents dans sa maison et qui donne aussi un aperçu d’un avenir où les appareils intelligents vont réellement contrôler la vie des personnes âgées.


Tout au long de la vidéo, on se rend compte que cet homme âgé voit sa vie régie par les objets connectés qui lui préconisent de faire ce qui semble être le mieux pour sa santé (mais du coup on parle de santé physique...). Et on se rend compte que sa liberté est complètement altérée par les objets connectés et qu’il va devoir ruser pour détourner leurs usages et avoir un moment de tranquillité.


De nouveau, nous ne sommes pas si loin de la réalité : on vend déjà des cannes de marche connectée, et tout un tas d'objets que vous connaissez bien déjà.


Le design spéculatif c’est donc une approche qui nous permet d’élargir notre vision sur le futur pour imaginer et créer des idées et pas seulement des produits et des services.

Cette approche déconnecte complètement la conception des besoins immédiats de l’industrie et du marché et nous permet de nous poser de nouveaux types de questions qui peuvent nous conduire vers la conception d’un futur qu'on espère meilleur...



Pourquoi et comment se projeter à l’aide de la fiction ?

Vous l’aurez compris, le design spéculatif est donc vecteur d’innovation, de création et catalyseur de discussions/réactions dans un objectif d’innover au service de l’humain et non de le desservir !


Vous l’avez sans doute remarqué, on retrouve des interfaces de fiction, les FUI, un petit peu partout autour de nous : dans les jeux vidéos, dans les films mais aussi dans les livres à travers les descriptions.


Les designers s’inspirent des progrès scientifiques pour imaginer notre futur et dans l’autre sens, la science puise dans l’imagination des designers pour innover.

Cette mécanique vertueuse a permis la création de technologies prédites bien des années auparavant.


Minority Report : non seulement l’écran à commande gestuelle utilisé par Tom Cruise est éblouissant pour l'époque, mais il anticipe assez justement les interfaces technologiques d’aujourd’hui. Les notions de réalité virtuelle immersive, de commande gestuelle ainsi que l’utilisation d’objets connectés pour interagir. Pourtant aussi belle et anticipative soit-elle, cette oeuvre n’est en réalité pas du tout ergonomique : personne ne peut travailler longuement la main au dessus du coeur … le sang ne circulerait plus.


Un atelier emprunté aux méthodes Agiles : remember the future. Il s’agit de tester une idée dans le futur, et ensuite de la ramener au présent. Cela nous permet de comprendre l’impact de nos actions et de déclencher une réflexion critique en design.


2 points à retenir qui me semblent particulièrement saillants :

  • Plus on tend vers un monde où la technologie est très présente, plus le rapport aux émotions devient essentiel. En déshumanisant une partie des rapports, il y a un potentiel risque de perte de sens et de valeur pour les utilisateurs. Il ne faut donc surtout pas oublier de travailler le design émotionnel lorsqu’on se projette à l’aide du design fiction.

  • De la même manière, plus les innovations sont complexes, plus l’utilisateur aura besoin de messages clairs et directs. Travailler les parcours pour l’amener à une action directe et à un choix simple est essentiel en design fiction.



Un exemple de projection :


« Imaginez, vous êtes en 2035, le droit à l’euthanasie a été voté en France, les groupes industriels et les startups se sont accaparés du sujet et ont développé de nombreuses technologies donnant la possibilité aux personnes le voulant de se donner la mort quand elles le souhaitent, et l’une de ces entreprises a fini par dominer le marché.

C’est un bracelet connecté, connecté à quoi ? À votre cœur, une simple pression sur le bouton positionné au niveau du fermoir déclenche un arrêt de ce dernier. L’objet est beau et designé par l’un des designers les plus populaires, on se l’arrache pour le posséder, certains l’enferment dans un écrin à l’abri et d’autres le portent chaque jour pour être en mesure de réagir en cas d’attaques terroristes ou d’accidents graves afin de s’assurer de ne pas mourir dans d’atroces souffrances. Le port du bracelet est devenu monnaie courante chez les sportifs de haut niveau et de sport extrême, c’est comme cela qu’un des plus grands alpinistes est décédé il y a quelques mois, il a préféré l’arrêt cardiaque à l’hypothermie. »

Expérience réalisée par l’agence Casus Ludi.



Retrouvez mon talk Flupa :



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